DIAGNOSTIC DU R.A.A. EN PHASE AIGUË

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PLAN:

DIAGNOSTIC

Critères de Jones
Interrogatoire
Examen clinique
Examens paracliniques
Diagnostic differentiel

CONDUITES A TENIR

Devant un souffle cardiaque de découverte récente
Devant une suspicion de RAA
Devant une suspicion de rechute

Bibliographie


DIAGNOSTIC

 

Le RAA est une URGENCE MEDICALE
et impose l'hospitalisation

 

Critères de Jones

Bien qu'imparfaits les critères de Jones (maintes fois modifiés) restent les piliers du diagnostic de la maladie. Ce diagnostic est parfois facile devant un tableau articulaire franc, avec altération de l'état général, mais les formes paucisymptomatiques ( discrète AEG, fébricule passager, vagues arthralgies ) sont fréquentes.

Il conviendra toujours de les interpréter en fonction du contexte clinique, biologique et échographique.

Les critères cutanés sont rarement retrouvés, une série récente (Maheu) montre en effet que sur cent malades hospitalisés entre 91 et 92, aucun ne présentait de manifestation cutanée de la maladie.

 

En pratique: Dan un pays de forte endémie tout patient présentant des signes cliniques et biologiques évocateurs est suspect de RAA jusqu'à preuve du contraire. Une hospitalisation est alors nécessaire.

 

 

TABLEAU DES CRITERES DE JONES

CRITERES MAJEURS

ARTHRITE

CARDITE (1)

CHOREE (2)

ERYTHEME MARGINE (3)

NODULES CUTANES (4)

CRITERES MINEURS

ARTHRALGIES

ATCD DE RAA (disparus de la révision 1992)

Syndrôme inflammatoire (5)

Allongement PR

FIEVRE

Pour le diagnostic : au minimum 2 critères majeurs ou 1 majeur et 2 mineurs plus une preuve d'une infection streptococcique récente + syndrôme inflammatoire.

Preuve d'infection streptococcique récente =

  • soit cultures de prélèvement de gorge positive
  • soit élévation des anticorps antistreptoccique c'est à dire anti ASLO > 200 ou ASDOR > 340 en période de scolarisation, ou Streptozyme positif (anticoprs anti Dnase, réaction sur lame) sur deux prélévements éspacés de 10 jours.
  • La preuve d'infection récente s'établit au mieux sur la constatation d'une élévation des anticorps sur deux prélèvements distants car une élévation isolée des ASLO-ASDOR peut se voir chez environ 20 % des sujts normaux. Un taux élevé isolé ne permet donc pas de différencier une infection récente d'un portage chronique, ou d'un contact sans RAA.

Il reste actuellement admis par tous que le syndrome inflammatoire est une condition essentielle du diagnostic.

- Ces critères ne font pas état de l'altération de l'état général quasi constante et très évocatrice

(1) sensibilité ++ de l'échodoppler (50 % de cardites diagnostiquées par l'auscultation > 70 % avec l'apport de l'échodopplercouleur
(2) De sydenham : mouvements incohérents, involontaires, rapides, brefs, non rythmés de la tête et des extrémités, disparaissant au repos
(3)Erythème sr le tronc et parfois au niveau des membres, en larges macules ou papules, arrondies et rosées dont la coloration s'atténue au centre. L'érythème est migrateur, transitoire. Exceptionnel
(4)Nodules de Maynet : taille d'une tête d'épingle à celle d'une noisette, n'adhérant pas à la peau, indolores, préférentiellement situés sur la face d'extension de certaines articulations (coude, genou, poignet, région occipitale, épineuses). Exceptionnels appartiennent aux formes "historiques".

(5)NFS, VS > 50 typiquement ,mais parfois moins si vu tard, hyperfibrinémie, CRP franchement positive, hyper alpha 2ƒ

Les signes articulaires sont classiquement fugaces migrateurs touchant les articulations des membres, mais des formes atypiques peuvent se voir (interphalangiennes, tarse ...)

 

Interrogatoire

Il doit rechercher :

d'emblée les signes d'un retentissement cardiaque : dyspnée récente, palpitations, syncopes, O.M.I., en faire préciser la durée, le rythme, la relation à l'effort...

les antécédents familiaux et personnels de R.A.A.

les affections rhinopharyngées fréquentes et/ou récentes et leur traitement.

le type des arthralgies, ou des arthrites en précisant leur siège, leur caractère migrateur éventuel, leur rythme (fugace) et la présence des signes inflammatoires locaux.

l'association de fièvre ou d'altération de l'état général.

l'existence d'éventuels troubles digestifs (douleurs abdominales pseudo-appendiculaires, non exceptionnelles )

l'existence de troubles neurologiques à type de mouvements choréiques, non exceptionnels (mouvements non coordonnés des membres) découverts en général à distance de tout épisode articulaire ou d'altération biologique inflammatoire.

 

L'examen clinique

 

Il est orienté vers trois points essentiels :

La recherche d'une infection rhinopharyngée de survenue récente à l'interrogatoire: angine, amygdales cryptiques, pharyngite. Ces signes ont presque toujours déjà disparu au moment des arthralgies.
Les signes physiques articulaires d'arthrite: "Tumor, Rubor, Calor, Dolor" : mobilisation douloureuse ou réduite, boiterie ou impotence fonctionnelle, ìdème local.
Les signes cardio-vasculaires : Souffle cardiaque d'insuffisance mitrale ou aortique. Le roulement diastolique du RM est exceptionnel lors de la première poussée et doit faire évoquer, dans un contexte aigu, une CRC déjà ancienne. Il s'agit alors d'une rechute.
L'auscultation pulmonaire, la palpation hépatique, l'examen des jugulaires et des membres inférieurs rechercheront des signes de mauvaise tolérance cardiaque.

L'examen général se poursuit notamment par :

La recherche d'une lésion cutanée par principe (nodosités de Maynet, à la face d'extension des articulations, érythème marginé de Besnier, exceptionnels).
L'examen neurologique (chorée).

 

Paraclinique

 

- Le dosage de la VS est une étape essentielle de la démarche diagnostique.

Intérêt du couple: VS-CRP

Elle doit autant que possible être réalisée sur place, les délais d'acheminement d'un tube, fut-ce de Faaa à Papeete la faussent de façon certaine.

Peu spécifique, elle est en revanche très sensible dans la mesure ou le R.A.A. en phase aiguë est toujours associé à un syndrome inflammatoire. De plus, il s'agit d'un examen pouvant être reralisé partout. (Kit " SEDITAINER ")

Kit à VS "SEDITAINER"

Dans le R.A.A., au début de la phase aiguë, elle est classiquement supérieure à 50 mm à la première heure.

Une VS normale doit faire reconsidérer le diagnostic.

 

Pour mémoire, le tableau ci-dessous présente les différents types de syndrome inflammatoire

Type 1

Type 2

NF : GB augmentés ou N

Plaquettes ou N

Electrophorèse : alpha 2

CRP : > 2 fois normale

VS : très augmentée

GB abaissés ou N

Plaquettes ou N

Electrophorèse : gamma

CRP mais < 2 fois la normale

VS augmentée ou normale

Infections bactériennes aigue

Cancer

Vascularité (cadre du RAA)

Arthrite métabolique

Infections bactériennes chroniques

Infection virale

Bactéries intracellulaires

Maladies de sytème

- Autres examens biologiques

 

D'autres examens biologiques sont le plus souvent indispensables en raison de la mauvaise spécificité de la VS et en particulier en cas de grossesse ou d'anémie,

confirment le syndrome inflammatoire, notamment en cas d'anémie qui rend peu interprétable la VS. La CRP présente l'avantage d'une Ascension plus rapide mais surtout d'une normalisation plus rapide que la VS, ce qui fait de la CRP l'examen de choix pour suivre l'évolution du syndrome inflammatoire lors de la décroissance du traitement corticoïde.

Isolé témoigne seulement, quand il est positif, d'un antécédent d'infection par le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A.

Ainsi, environ 20% des enfants sains scolarisés ont un taux d'ASLO ASDOR élevés. La normalisation de ces anticorps après une infection streptococcique pouvant prendre plusieurs mois. L'élévation isolée des ASDOR avec un taux d'ASLO normal ou peu élevé serait plus spécifique d'une infection streptococcique cutanée.
La négativité du dosage des anticorps fait reconsidérer le diagnostic, à condition d'être vérifiée lors de deux dosages réalisés à quinze jours d'intervalle.

L'élévation isolée des anticorps ASLO, ASDOR n'est en aucun cas une preuve du R.A.A. Seule l'ascension du titre de ces anticorps lors de deux prélèvements à quinze jours d'intervalle évoque une infection récente, surtout si le titre est très élevé.

Cette "séro-conversion" doit être systématiquement recherchée même s'il ne faut pas attendre le résultat pour traiter, par contre elle pourra orienter le diagnostic différentiel en cas de doute.

II n'existe aucune relation entre le degré d'élévation du titre et la gravité de la maladie. Une fois encore, ces anticorps n'apportent donc qu'une preuve d'infection, et non de R.A.A...

recherche une polynucléose, classiquement modérée, une anémie microcytaire d'origine inflammatoire

 

Est rarement possible dans de bonnes conditions. Souvent négatif, il n'est plus réalisé en pratique courante. Par contre, il conserve tout son intérêt dans les études épidémiologiques sur le portage streptococcique, et pour l'étude des souches (recherche et typage de la protéine M)

 

- L'ECG

est indispensable à la recherche de Troubles du rythme et surtout de la conduction (B.A.V. ou allongement du P.R., très évocateurs). Parfois, une H.A.G. ou une H.V.G. témoignent d'une atteinte cardiaque déjà évoluée.

- L'écho-doppler couleur cardiaque

De nombreuses études ont montré qu'elle apporte une sensibilité de +30% par rapport à la clinique. Cet examen peut être réalisé aujourd'hui dans presque toutes les unités d'hospitalisation et de consultation spécialisée de la zone urbaine et sur l'île de Raiatea.
L'écho fournit parfois la clé du diagnostic en découvrant une atteinte valvulaire rhumatismale avec une bonne spécificité.

Associée aux éléments cités jusqu'ici, elle permet souvent :

-d e confirmer le diagnostic.

- d'évaluer le retentissement cavitaire et hémodynamique éventuel des atteintes valvulaires sévères.

- le diagnostic rétrospectif, devant une atteinte valvulaire rhumatismale découverte lors d'une auscultation systématique.

Cependant elle ne permettra que très rarement de préciser l'ancienneté de l'atteinte, et pas toujours d'affirmer l'étiologie rhumatismale, en particulier devant certaines fuites mitrales (I.M. dystrophiques, IM minimes "physiologiques")

Une échorgaphie cardiaque normale n'élimine cependant pas le diagnostic de RAA. Il s'agit alors d'un RAA sans cardite, bien que cette absence de lésion doive être confirmée sur deux examens échographiques successifs au début et à la fin du traitement de l'épisode de RAA.

 

 

Diagnostic différentiel

 

Le syndrome fièvre-arthralgies chez l'enfant peut relever de nombreuses étiologies, plusieurs autres critères de Jones pouvant être positivés sans pour autant que l'on soit devant un cas de RAA.
Cependant En Polynésie Française, le RAA doit être le premier diagnostic à évoquer devant une atteinte articulaire de l'enfant, le principal diagnostic différentiel à ne pas manquer étant l'arthrite septique.

Devant une association de fièvre et d'arthrite ou d'arthralgies, on peut évoquer en plus du RAA, et de façon non exhaustive :

- Les causes bactériennes +++ et apparentées : Maladie de Lyme, arthrites gonococciques, arthrites septiques, ostéomyélite aiguë, arthrites à Yersinia Entérolytica.

- Les arthrites virales (MNI, rubéole...), où les arthralgies peuvent persister après la phase aiguë.

- Chez l'adulte : la goutte

- Les causes parasitaires : arthrites filariennes, toxocarosesƒ

- Les causes immunologiques : arthrites "réactionnelles", arthrites symptôme d'une maladie systémique auto-immune : polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, Lupus érythémateux disséminé, Maladie de Steel.

 

CONDUITES A TENIR

Conduite à tenir devant un souffle de découverte récente:

 

La découverte d'un souffle lors d'une auscultation systématique est une éventualité fréquente chez l'enfant en Polynésie. Elle doit impérativement conduire à :

- Un interrogatoire visant à desceller l'éventuelle notion antérieure de ce souffle, ou des antécédents rhumatismaux, cardio-vasculaires ou généraux. (Chez l'enfant, penser à consulter le carnet de santé, le livret médico-scolaire, et/ou le centre du R.A.A.)

- Un examen soigneux : l'auscultation doit être réalisée dans de bonnes conditions techniques (silence, calme, bon stéthoscope). Au besoin l'enfant doit être revu en consultation individuelle, si le souffle avait été découvert lors d'une visite scolaire. Le patient doit être examiné au repos, non tachycarde.

- Un problème de taille est constitué par les souffles fonctionnels. Communs chez l'enfant, il faut parfois recourir à l'échographie pour éliminer une cause organique. Quelques conseils sont utiles dans cette situation :

  1. Un souffle diastolique n'est jamais fonctionnel.
  2. Un souffle holosystolique, en jet de vapeur ou piaulant, maximum au foyer mitral et irradiant dans l'aisselle est vraisemblablement une I.M.
  3. Un souffle proto-mésosystolique, bref, d'allure plutôt éjectionnelle, maximum au bord gauche, apparaissant ou se renforçant à l'effort et en décubitus est souvent anorganique, surtout chez l'enfant.

Une I.M. parfois non négligeable peut présenter des caractéristiques auscultatoires tout à fait rassurantes. Il ne faut donc pas hésiter, au moindre doute à demander une échographie doppler couleur.

 

 

Conduite à tenir devant une suspicion de R.A.A.

L'hospitalisation en urgence des patients atteints de R.A.A. en phase aiguë est impérative.

Le R.A.A. est une maladie imprévisible, pouvant amener rapidement à une défaillance cardiaque grave, voire mortelle. La surveillance dans un milieu hospitalier permet :

- Un suivi clinique et échographique de bonne qualité.
- La mise en place du traitement.
- La surveillance du suivi thérapeutique et de ses effets secondaires dans les premiers jours
- L'éducation du patient ++

Le patient est mis au repos, surveillé cliniquement et si nécessaire en échographie, pendant toute la durée de l'hospitalisation. Un traitement corticoïde est institué, en général la PREDNISOLONE à la dose d'un à deux milligramme par kilos, avec décroissance sur plusieurs semaines. Un traitement antibiotique de principe, (en général BÊTA-LACTAMINES) est également institué.

Le séjour dure en moyenne d'une à douze semaines, suivant la compliance au traitement et la gravité de l'atteinte cardiaque, le patient étant suivi en consultation jusqu'à la fin du traitement. Un séjour en hospitalisation de moyen séjour est souvent souhaitable, mais en pratique souvent impossible sur le territoire du fait du nombre insuffisant de structures de ce type.

A l'issue de cette période, le patient est informé de la nécessité de poursuivre pendant plusieurs années, au minimum jusqu'à l'âge de vingt ans, une prophylaxie secondaire par l'EXTENCILLINE ou, à défaut par une antibiothérapie orale au long cours adaptée. Des conseils de prévention sont donnés, notamment en matière d'hygiène dentaire (prévention de l'endocardite infectieuse).

Le nouveau cas (ou la rechute) est alors signalé par les médecins de l'hôpital ou de la clinique au centre du R.A.A. Un dossier est constitué et un numéro est attribué au patient, même si le suivi spécialisé ultérieur est réalisé dans l'établissement qui l'a accueilli.

 

Conduite à tenir devant une suspicion de rechute

Une suspicion de rechute de RAA impose l'hospitalisation

Une rechute est toujours consécutive à un arrêt ou à une irrégularité de la prophylaxie. Elle peut présenter autant, sinon plus de danger qu'une première poussée. L'hospitalisation n'en est que plus justifiée.

Bibliographie


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